
Pourquoi une SEL se retrouve avec de la trésorerie à placer
Le passage en société d'exercice libéral (SELARL, SELAS) change la donne fiscale du professionnel. Là où l'exercice en BNC fait remonter l'intégralité du bénéfice au barème de l'impôt sur le revenu, la SEL à l'IS permet de ne sortir que la rémunération et les dividendes nécessaires, et de capitaliser le reste dans la société.
Résultat : une trésorerie d'entreprise se constitue, exercice après exercice. Pour un praticien qui n'a pas besoin de la totalité de son bénéfice pour vivre, cette trésorerie peut représenter, sur plusieurs années, des centaines de milliers d'euros.
Laissée sur le compte courant de la SEL, cette somme ne rapporte rien et s'érode avec l'inflation. La placer, c'est en faire un actif au service de vos projets : investissement dans les locaux professionnels, préparation de la retraite, transmission, ou simplement valorisation.
Le cadre : les contraintes déontologiques de l'Ordre
C'est la spécificité d'une SEL par rapport à une société commerciale classique, et le point à ne jamais négliger.
Les fonds d'une SEL restent liés à l'exercice d'une profession réglementée, encadrée par un Ordre (médecins, avocats, experts-comptables, notaires…). Les placements réalisés par la société doivent donc :
Rester compatibles avec l'exercice de la profession : la SEL ne doit pas se transformer en société d'investissement ou de spéculation, ce qui serait contraire à son objet.
Éviter tout conflit d'intérêts ou toute atteinte à l'indépendance professionnelle.
Respecter les règles propres à chaque Ordre, qui peuvent restreindre certains types d'investissements.
Concrètement, cela oriente naturellement vers des placements de trésorerie prudents et liquides, cohérents avec une gestion « en bon père de famille » — et à l'écart des placements spéculatifs.
Les règles varient selon les professions. Un point préalable avec votre Ordre ou un conseil spécialisé est recommandé avant tout placement.
Les solutions de placement adaptées à une SEL
Le compte à terme
Le compte à terme est le support le plus naturel pour l'excédent stable d'une SEL : une somme immobilisée sur une durée choisie (3 à 60 mois), en échange d'un taux fixe contractuel connu dès la souscription. Le capital est protégé par la garantie des dépôts (FGDR, jusqu'à 100 000 € par établissement), et sa nature prudente est parfaitement compatible avec les exigences déontologiques.
Le fonds monétaire
Le fonds monétaire conserve une liquidité quotidienne (rachat en 24-48 h) tout en rémunérant la trésorerie au taux du marché monétaire. Idéal pour la part de trésorerie qui doit rester disponible, sans plafond. Le capital n'est pas garanti, mais la volatilité reste faible.
Le contrat de capitalisation
Souscrit par la société, le contrat de capitalisation permet de loger une allocation diversifiée dans une enveloppe adaptée à un horizon moyen-long. Il présente un intérêt patrimonial spécifique : il peut être transmis en conservant son antériorité fiscale, ce qui en fait un outil de préparation de la transmission pour le praticien.
Le produit structuré court à capital protégé
Moins connu, le produit structuré à maturité courte (3, 6 ou 12 mois) avec capital protégé à 100 % à l'échéance offre un potentiel de coupon supérieur, tout en préservant le capital au terme — sous réserve du risque de défaut de l'émetteur (non couvert par le FGDR). Sa nature prudente le rend compatible avec une gestion de SEL, sur une tranche de trésorerie dont la date de besoin est connue.
Le comparatif pour une trésorerie de SEL
Support | Horizon | Capital | Liquidité | Rôle |
|---|---|---|---|---|
Compte à terme | 3-60 mois | Protégé (FGDR) | Sous préavis | Sécuriser l'excédent stable |
Fonds monétaire | Court terme | Non garanti, faible volatilité | 24-48 h | Trésorerie mobilisable |
Contrat de capitalisation | Moyen-long | Selon supports | Rachats possibles | Diversifier, transmettre |
Structuré court | 3-12 mois | Protégé à l'échéance | À l'échéance | Rendement sur tranche dédiée |
La combinaison la plus fréquente : fonds monétaire pour la trésorerie courante, compte à terme échelonné pour l'excédent stable, et contrat de capitalisation pour la part patrimoniale à long terme.
Quelle fiscalité pour les placements d'une SEL ?
Une SEL est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS). Les produits financiers — intérêts d'un compte à terme, gains d'un fonds monétaire — sont donc intégrés au résultat imposable et taxés au taux de l'IS : 25 %, ou 15 % sur la fraction de bénéfice éligible au taux réduit PME.
⚠️ Comme pour toute société à l'IS, un fonds monétaire ou un OPC peut générer une imposition sur l'écart de valeur liquidative en fin d'exercice, même sans vente des parts. Un point à anticiper avec votre expert-comptable.
Information à titre indicatif. La fiscalité dépend de votre situation ; un conseil personnalisé est recommandé.
SEL ou SPFPL : où placer la trésorerie ?
Beaucoup de praticiens détiennent leur SEL via une SPFPL (société de participations financières de professions libérales), l'équivalent d'une holding pour les professions réglementées.
La question du niveau de placement se pose alors : faut-il placer dans la SEL, ou faire remonter la trésorerie vers la SPFPL par dividendes (avec le régime mère-fille) avant de placer ?
La réponse dépend de vos projets et du cadre déontologique — les règles de maniement de fonds d'une SPFPL sont, elles aussi, encadrées. C'est un arbitrage qui mérite un accompagnement dédié.
Pour approfondir la logique holding : comment placer la trésorerie de sa holding.
En résumé
Le professionnel libéral en société dispose des mêmes leviers de placement qu'une entreprise classique, avec une contrainte supplémentaire : le respect des règles de son Ordre, qui oriente vers des placements prudents. Compte à terme, fonds monétaire, contrat de capitalisation et structurés courts couvrent l'essentiel des besoins, du plus liquide au plus patrimonial.
L'essentiel est de ne pas laisser cette trésorerie dormir : c'est un actif construit au fil des exercices, qui mérite d'être mis au travail.
Pour un point complet : placement de trésorerie d'entreprise.
Questions fréquentes
Une SEL peut-elle placer sa trésorerie ? Oui. Une société d'exercice libéral à l'IS peut placer son excédent de trésorerie comme toute société, à condition de respecter les règles déontologiques de son Ordre, qui orientent vers des placements prudents et compatibles avec l'exercice de la profession.
Quels placements pour la trésorerie d'une SELARL ou d'une SELAS ? Les supports adaptés sont le compte à terme (excédent stable, capital protégé), le fonds monétaire (trésorerie mobilisable), le contrat de capitalisation (diversification et transmission) et les produits structurés courts à capital protégé.
Quelles sont les contraintes déontologiques pour placer la trésorerie d'une SEL ? Les placements doivent rester compatibles avec l'exercice de la profession réglementée, éviter tout conflit d'intérêts et respecter les règles propres à chaque Ordre. Cela oriente vers des placements prudents plutôt que spéculatifs.
Comment sont imposés les placements d'une SEL ? Une SEL étant soumise à l'IS, les produits financiers sont intégrés au résultat imposable et taxés à 25 %, ou 15 % sur la fraction éligible au taux réduit PME. Certains OPC peuvent générer une imposition sur l'écart de valeur liquidative en fin d'exercice.
Vaut-il mieux placer dans la SEL ou dans la SPFPL ? Cela dépend de vos projets et du cadre déontologique. Placer dans la SEL est direct ; faire remonter la trésorerie vers une SPFPL via le régime mère-fille avant de placer peut avoir un intérêt, mais les règles de maniement de fonds d'une SPFPL sont encadrées. Un arbitrage à étudier avec un conseil.
Vous exercez en SEL et souhaitez faire fructifier votre trésorerie dans le respect de votre déontologie ? Échangez avec un expert Platon.
rédigé par Louis CELLIER





